B comme baby bang
Il y a peu, une amie me raconter le chamboulement émotionnel qu’avait été les jours suivants son accouchement. Des émotions loin de l’extase béate qu’on peut attribuer à ce moment dans nos imaginaires. Des sentiments mitigés, des pleurs et des angoisses. Je lui ai dit que moi aussi, ça n’avait pas été simple et j’ai voulu retrouver ce que j’avais ressenti à ce moment-là. Le temps ayant déjà cérusé les souvenirs, mieux valait revenir à ce que j’en avais écrit :
« La première semaine à la maternité, je ne savais plus par quel bout prendre les choses. Du jour au lendemain, nous n’étions plus uniquement un couple mais une famille. Il fallait penser à lui avant de penser à moi. Je le faisais naturellement et c’était encore plus surprenant.
Il s’énervait contre mon sein et j’éclatais en sanglots devant cette image désespérée de sa bouche cognant ma poitrine, de ce cri aigu qui fendait le silence quelques secondes après la grimace. Des larmes qui coulaient sur mes joues, que je ne pouvais arrêter et qui englobaient bien plus que cette problématique d’allaitement. Des pleurs de fatigue suite à un accouchement difficile, face à mon incapacité à me mouvoir, face à la responsabilité, à ma fragilité, aux émotions contradictoires allant de la joie à la terreur. La peur de quitter ce cocon où les soignants sont présents au moindre problème, où les réponses aux questions tombent aussitôt qu’elles sont posées. Une parenthèse où la vie quotidienne n’est pas à gérer.
Le retour à la maison avec un bébé dans les bras, mes parents de passage au seuil de la porte, m’a semblé surréaliste. La fatigue me faisait bailler toutes les 5 minutes et je ne tenais pas très bien debout. Les larmes coulaient sans que je ne puisse rien maitriser.
La deuxième semaine, la réalité s’est imposée et j’ai voulu en contrôler toutes les conséquences. J’ai voulu remettre en jeu le choix de cet enfant. Parce qu’il était trop tard, parce que je ne pouvais plus rien changer, j’ai voulu me demander, obsessionnellement si je n’avais pas fait le mauvais choix. Les questions existentielles qui m’ont bien souvent faite glisser du côté sombre sont revenues planer autour de cet éventuel regret d’avoir enfanté.
La version de moi dans une vie sans enfant s’est imposée être celle dans laquelle je me serais le plus épanouie. Je lisais les témoignages de mères qui regrettaient de l’être devenues. Je m’identifiais sans même pouvoir encore comparer. J’étais au point zéro. Je ne pouvais regretter quelque chose que je n’avais pas encore vécu. Ce n’était que de l’angoisse. Devant la responsabilité immense que me semblait revêtir la maternité et la peur de ne pas vouloir l’assumer.
Une phrase de Rémi est venue me réveiller de ce mauvais rêve dans lequel je m’enlisais : « Incarne-toi ». C’était plus qu’une injonction à être mère ou à ne pas l’être. C’était revenir à mon unicité, à l’exemplaire unique qu’était ma vie, sans théories, sans prévisions. Vivre l’expérience que m’offrait cette réalité pour me découvrir encore plus. L’inconfort qu’elle représentait n’était peut-être que le prix de l’inconnu, le réel inconnu. »
Bien sûr ces pensées post-partum me sont propres et chacune d’entre nous a les siennes en fonction de sa personnalité, de ses propres manques et faiblesses. Mais je crois qu’il n’est pas rare de ressentir cette explosion d’émotions pas toujours positives, quelle qu’en soit le contenu.
Car à ce moment charnière, où la vie bascule, où le plein intérieur se vide et prend forme devant nous, on sait (et c’est vertigineux) qu’on va perdre. Autant que l’on va gagner.
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