M comme Magie

Il y a peu nous sommes partis à la montagne et j’ai retrouvé une excitation de gosse à l’idée de revoir la neige, de faire de la luge, du ski et des bonhommes de neige. Parce que cette fois-ci et pour la première fois, il y avait justement un gosse avec moi et que, depuis qu’il est là, je redécouvre le monde, un sentiment d’inexploré qui réveille l’âme.

C’est une chose entendue et même rabâchée qu’un enfant vous fait redécouvrir le monde, vous émerveiller de nouveau devant des choses simples. C’est vrai, mais cela mérite d’aller voir ce qui se cache derrière ce beau slogan.

C’est d’abord la nécessité d’aider l’enfant à décrypter le monde, nommer ce qu’il voit, répondre aux « pourquoi ». Pour rendre cela compréhensible, on ne peut faire autrement que de se mettre à sa hauteur, et regarder avec ses yeux. Et vu de là, tout est assez incroyable : inconnu, imprévisible, insensé même parfois. Tout est tellement vivant haut de trois pommes.

Aussi, cela rend beaucoup plus attentif et réceptif à l’environnement immédiat. Tout ce que l’on voit à longueur de journée est une mine de questionnements et de découvertes. Il y a la nature si l’on a la chance que celle-ci nous soit proche. Par exemple, je n’ai jamais autant touché l’écorce des arbres, nous l’avons regardé de très près avec A. Je lui ai montré comment l’enlever, comme des petites croutes qu’on retire de la peau, en la soulevant doucement par une extrémité. Nous observons les fourmis, les papillons, les vers de terre mais aussi les mouches qui partagent impunément nos habitations.

Moi qui ne faisais que peu de cas des animaux je les considère aujourd’hui avec curiosité et étonnement si je me mets à la place de mon fils. Se retrouver pour la première fois face à une vache à cornes, bavant et mâchant de l’herbe, son corps massif se mouvant doucement m’a fait un sacré effet. Et ces animaux si banals qui dépassent parfois Arthur d’une tête, courent et produisent cet aboiement bruyant ? Et ceux qui volent dans le ciel, traversent notre champ de vision et disparaissent on ne sait où ?

D’ailleurs, j’ai vraiment redécouvert les oiseaux. Parce que nous vivons dans un parc et que notre terrasse donne sur un bois, nous sommes aux premières loges des va-et-vient des volatiles. J’ai pris conscience que la diversité des oiseaux de notre environnement était très réduite et j’ai donc appris à faire la différence entre une dizaine d’espèces et à en connaître le nom. Avec A. nous les nourrissons et observons leurs venues, nous nous exclamons de leurs batailles, écoutons leurs cris.

Dans le registre de la nature, il y a aussi la danse infinie de la lune et du soleil qui m’apparait stupéfiante. Voir la nuit venir et manger le soleil, si on n’est pas sûr qu’il reviendra, c’est presque effrayant. Jouer tous les soirs à trouver la lune et  voir sous quelle forme elle se présente, s’en faire une amie, sur laquelle on peut toujours compter.

A côté de la nature, il y a le monde matériel. Celui des véhicules notamment. Avant, j’en faisais encore moins cas que les animaux. Aujourd’hui je les remarque pour les montrer à A. si lui-même ne m’a pas encore interpellée à ce sujet : « oh un tracteur ! un camion-toupie ! une pelleteuse ! un hélicoptère ! … » et j’ai dû étendre ma connaissance de ces engins : j’ai découvert par exemple la botteleuse, la différence entre un tractopelle et une pelleteuse. J’ai dû repérer à qui appartenait chaque voiture garée devant la crèche pour pouvoir lui répondre quand il me demande « c’est à qui cette voiture maman ? ». Moi qui avais déjà du mal à me souvenir du modèle de ma voiture...

Pour moi, qui avait tendance à me déconnecter du quotidien pour et préférer mon univers mental, c’est une bénédiction. Si j’avais tendance à me désintéresser du monde matériel, c’est parce que j’y voyais moins de sens et de beauté que dans les mots ou la musique par exemple et je n’y cherchais pas de réponses. 

Mais dans les yeux d’un enfant, tout est divin : de la pédale qui fait tourner les roues à la chèvre qui éternue en passant par l’interrupteur qui allume et éteint la lampe. Et ce n’est pas parce que nous savons lui expliquer les phénomènes qu’il en concède la magie. 

Cette magie qu'il me partage est une spiritualité du quotidien à laquelle j'ai de nouveau accès. Elle permet de s'ancrer exactement la où nous sommes. Un chemin plus concret qui va aussi vers la beauté.

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