C comme câlins

Les câlins avec son enfant sont un endroit préservé dont on ne parle jamais mais qui, autant que la sexualité, ont un goût d’éternité. Une sensualité aussi intime avec une autre peau, qui si elle est bien différente, nous paraît au premier toucher, moins étrangère.

Aucune gêne, moins d’hésitations avec cet autre qu’on a toujours porté et qui est dénué de préjugés. Revenus à notre animalité, nous reniflons cette peau, cette odeur que nous saurions reconnaître entre mille. Comme la louve, notre masse protège, nos bouches dévorent ces membres rebondis et tendres à souhait.

Caresser un dos qu’on peut recouvrir avec une seule main. Tenir la petite main, le petit pied, comme des trésors miniaturisés. Enfouir sa tête dans la nuque encore plus douce que le reste, à la naissance des boucles que nos narines hument à s’en saouler.

Fermer les yeux et les rouvrir subitement sur ce corps qui n’est déjà plus ce qu’il était. Tout à coup l’enfant a remplacé le bébé qui avait lui-même remplacé le nourrisson. Ses bras, ses jambes nous paraissent immenses. Le corps musclé a gommé le potelé. On prend la mesure du temps qui file et tend à tout dérober. Mieux que nos pensées se sont nos bras qui ont la nostalgie de la légèreté du nouveau-né, blotti là à longueur de journée sans pouvoir s’en échapper.

Je n’ai pas à me plaindre avec A. Il aime plus que tout nos moments de câlins. Prendre mon visage dans ses mains ou nicher sa tête dans mon cou.
Le matin, avant l’aube, à une heure ou certains se lèvent déjà, il vient nous rejoindre dans notre lit. C’est l’heure secrète, l’heure sacrée. Rares sont les fois où il est en avance, refoulé car notre domaine ne lui est pas encore autorisé.
A. se glisse alors entre nous deux et se tourne vers moi, il m’enlace jusqu’où son petit bras le lui permet. Il peut coller sa joue sur la mienne, poser ses pieds sur mes cuisses. Mais ce qui est invariable, c’est la danse de ses doigts dans mes cheveux. Elle commence à l’aube et ne terminera qu’à l’aurore, se fichant de mes tentatives pour les garder disciplinés.

 

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