S comme stratégie
Je suis persuadée que Napoléon ne se creusait pas plus la tête pour ses stratégies d’invasion que nous pour coucher A.
Le coucher est
pénible depuis septembre et la stratégie que j’appliquais jusqu’alors
consistait à le mettre dans « son lit de vacances » (un lit parapluie
d’où il ne peut sortir) quand il se relevait trop pour revenir nous voir dans
la salle. J’attendais quelques minutes en l’entendant pleurer (pas plus de 10
je vous le jure) et soit il s’endormait, soit je lui proposais de retourner
dans son « grand lit » avec la menace de le renvoyer à la case prison
(lit de vacances).
Pas vraiment fiers de cette stratégie, conscients qu’elle n’était pas
satisfaisante en termes de pédagogie et d’apprentissage, nous avons décidé en
début de semaine de nous en passer.
Lundi, journée où Arthur ne va pas à la crèche et reste à la
maison, j’avais élaboré un plan, qui me semblait certes un peu branlant, mais
qui avait l’avantage de valoriser la cible en espérant la faire céder. J’avais
misé sur deux chevaux.
Tout d’abord, le fait que, s’il se couchait sans
histoires et dormait bien, nous pourrions aller à la piscine après sa sieste.
D’autre part, je lui avais préparé une petite carte sur laquelle il pourrait coller
une gommette s’il était sage pour le coucher. Au bout de 7 gommettes, il aurait
le droit à un cadeau.
Il faut dire que le contexte n’était pas favorable, comme la pluie qui tombait abondamment sur les plaines de Waterloo, les conditions de départ n’étaient pas de mon côté. En effet, A. s’étant levé tard et ne s’étant pas assez dépensé la matinée, sa fatigue n’était pas optimale.
Paraissant sûre de moi mais dans le fond très incertaine,
j’ai procédé à la lecture des 3 histoires pré-dodo. Il s’est relevé dès que je
me suis levée de son lit. L’inutilité de tout ce que j’avais dit auparavant est
apparue évidente : une tentative presque incongrue face à un enfant de 2 ans et
demi coincé dans le présent. Coller des gommettes dans deux heures ? Faire
un effort maintenant pour aller à la piscine dans 3 ? Bien
plus inacceptable l’idée de se séparer de sa mère pour en plus cesser de jouer
et dormir.
Équipée de mon arme la plus aiguisée, la patience, je lui ai demandé de bien
vouloir se recoucher. Portée par notre décision d’être plus pédagogues, et
voyant qu’il ne m’obéissait pas au bout de plusieurs tentatives de le mettre au
lit, je lui ai dit qu’il n’avait qu’à faire ce qu’il voulait mais que c’était
un temps calme. Moi j’allais travailler à mon bureau et donc je ne pouvais pas
m’occuper de lui.
J’ai campé cette position en me mettant devant mon ordi,
tandis que l’envahisseur m’observait à 50 cm du visage, tentant des incursions
en touchant l’ordinateur pour attirer mon attention. Travailler ne fut pas
possible mais je faisais bien semblant. J’ai cru à un moment crier victoire
lorsqu’il a accepté un repli dans son lit mais cela n’a duré qu’une dizaine de
minutes.
Au bout d’une bonne heure, il a réussi à me désarmer et, ma patience envolée, je
l’aurais bien achevé. Façon de parler.
Nous ne sommes pas allés à la piscine. La défaite était cuisante.
Retour à la case prison.
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